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LE SAISON, UN MILIEU RICHE ET DIVERSIFIÉ A PRÉSERVER

Vendredi 6 octobre 2017, le SIGOM a participé à la 9ème journée d’échanges de la CATZH64 (Cellule d’Assistance Technique des Zones Humides), organisée sur le secteur du Saison amont. Cette journée portait sur la connaissance et la préservation des habitats et des espèces patrimoniales, en particulier le Desman des Pyrénées, une espèce endémique des Pyrénées et des Monts Cantabriques. En forte régression dans les cours d’eau, ce petit mammifère semi-aquatique est encore présent dans la vallée du Saison et ses affluents, notamment sur les parties médianes et amont. La visite des Saligues, entre Alos et Tardets, a également permis d’identifier des habitats Natura 2000 et de mettre en évidence le rôle de l’espace de mobilité du Gave pour la préservation de la mosaïque d’habitats naturels. L’accueil de cette journée, organisée par le CEN Aquitaine (Conservatoire d’Espaces Naturels d’Aquitaine), a eu lieu à Tardets, en présence d’élus des communes de Tardets-Sorholus, d’Alos-Sibas-Abense et d’Ossas-Suhare. Ces trois communes sont signataires de la convention « Havre de paix pour le Desman ».

Le Desman, encore présent sur le Saison amont…

Virginie Leenknegt, chargée de missions CAT Zones Humides et Desman de la CATZH64, nous présente le Desman des Pyrénées sur un tronçon du Gave du Larrau où les individus ont été suivis dans le cadre de LIFE+ DESMAN (2014-2019). « Mammifère semi-aquatique de la famille des Talpidae (Taupe), le Desman vit dans des cours d’eau de bonne qualité, présentant une alternance de radiers et de zones calmes. Il mesure entre 24 et 29 cm, dont plus de la moitié pour la queue, et pèse 50 à 60 g. Il possède un museau en forme de trompe aplatie préhensile très sensible et ses pattes postérieures sont palmées. Il se nourrit essentiellement de larves d’insectes et la majeure partie de son activité est nocturne, d’où la difficulté de l’appréhender », explique Virginie Leenknegt. Pour connaître sa présence, les naturalistes procèdent à des relevés  d’excréments trouvés sur des cailloux ou dans des cavités naturelles de berges, et organisent parfois des campagnes de piégeage. Au regard des données bibliographiques fournies par le Plan National d’Action Desman, une grande partie du linéaire du Saison semble fréquentée par l’espèce, depuis les têtes de bassin versant de Larrau et Sainte-Engrâce, jusqu’à Menditte.

... Malgré de nombreuses menaces

 « Le Desman est en forte régression du fait des nombreuses menaces qui pèsent sur lui » explique Vincent Jutel, Chargé de missions CATZH 64. Elles sont essentiellement liées aux activités humaines telles que les aménagements hydrauliques (barrages, rejets et prises d’eau domestiques ou agricoles…), la destruction des berges, le piétinement des cours d’eau, les pollutions diverses, etc. ». Plus que sa destruction directe, la dégradation et l’altération des habitats du Desman des Pyrénées et de ses proies sont les causes principales du déclin de l’espèce. Vincent Jutel précise : « Plusieurs actions sont proposées afin d’identifier et de neutraliser les « points noirs » que sont les tuyaux ou canaux dans lesquels le Desman peut se retrouver piéger. La pose de crépines, de petites grilles ou d’échappatoires sont des exemples d’actions simples en faveur de l’animal ». La convention pour un havre de paix (lien) constitue également une mesure importante pour la préservation de l’espèce, comme en témoignent Sylvaine Gaechter, conseillère municipale de Tardets-Sorholus et Andrée Etcheverria, maire d’Ossas-Suhare.

Le Desman est protégé au niveau national depuis 2007, inscrit dans la Directive Natura 2000 Habitat Faune Flore (An. II et IV) et dans la Convention de Berne (An. II). Dans le DOCOB N2000 du Saison, le Desman est considéré comme une espèce à enjeu de conservation fort au même titre que le saumon Atlantique et l’écrevisse à pattes blanches. De plus, la préservation de l’espèce constitue un des objectifs de conservation du DOCOB, décliné en neuf actions, présentées par Grégory Minvielle, chargé de mission N2000 au SIGOM.

Une mosaïque d’habitats à l’intérieur de l’espace de mobilité du Gave

Le terme « Saligue » désigne le boisement des bords des gaves où alternent les Saulaies, les forêts alluviales, les bancs de galets (atterrissements), les chenaux et les bras secondaires. Le sentier botanique d’Alos-Sibas-Abense qui longe le Saison permet de découvrir différents habitats d’intérêt communautaire tels que les Aulnaies-frênaies, les saulaies, les ourlets forestiers frais. Vincent Jutel  montre les espèces caractéristiques des forêts alluviales telles que les aulnes glutineux ou frênes communs pour les arbres, Laîche pendante ou certaines fougères (scolopendre, polypode,…) pour les plantes de sous-bois. Ces habitats sont cependant dégradés par le développement d’espèces invasives comme le Buddleia, la Renouée du Japon ou la Balsamine de l’Himalaye , très présents sur le site.

« C’est la diversité des habitats au sein de l’espace de mobilité du gave qui permet cette richesse floristique », explique Raphaël Roy, Directeur du SIGOM. «  L’espace rivière comprend le lit mineur et le lit majeur, au sein duquel peut exister un espace de mobilité fonctionnel où le cours d’eau peut se déplacer latéralement dans la vallée ». Le Saison qui est un cours d’eau très actif sur le plan des crues et du transport d’alluvions possède un espace de mobilité assez marqué mais qui s’est réduit au cours du temps du fait des aménagements réalisés dans le lit mineur (exemple les enrochements). Les récentes crues démontrent que ces aménagements ne présentent pas de garanties durables : ils finissent toujours par être endommagés par la force du gave, et soumettent les enjeux à des risques accrus. Dans le plan de gestion du gave du Saison, approuvé en 2014, les élus du SIGOM ont validé un « espace de mobilité » à l’intérieur duquel le gave est amené à divaguer de façon naturelle sans être entravé par de nouveaux aménagements humains de type enrochements ou digues. Ce mode de gestion, qui vise à laisser le gave remodeler son lit au grès des crues, permet le développement d’une mosaïque d’habitats naturels en constante évolution, mais implique de faire évoluer petit à petit les pratiques anciennes d’aménagement des cours d’eau. A titre d’exemple, le talutage et l’ensemencement des berges sont privilégiés aux techniques de génie civil, sauf en cas d’enjeux d’intérêt général (habitations, ponts…).

Un équilibre à trouver

L’objectif est donc de trouver un équilibre entre différents enjeux ou usages humains présents dans le lit majeur du cours d’eau et le maintien ou le rétablissement de son fonctionnement naturel. Ceci confère à cet espace de mobilité autant un atout en matière de qualité de son écosystème que de dissipation des énergies des crues du Saison pour les zones plus urbanisées. Le Syndicat Mixte des Gaves d'Oloron et de Mauléon se pose donc en « médiateur » entre les usages humains et écologiques sur les cours d’eau du territoire.